Daniel Bay Studios

D'Ambilobe à Antalaha: Gasy Stories, un projet street-photographique (Part 2)

Après deux jours passés à Ambilobe, une ville que je connaissais déjà puisque je l’avais visitée lors de mon premier road-trip, il était temps de plonger dans l’inconnu, la côte Est et les villes de Vohémar, Sambava et Antalaha. Première étape, Ambilobe-Vohémar par la RN5a. Cette route a longtemps été surnommée “la piste de l’enfer”. Avant les travaux effectués en 2022, c’était une des pires routes du monde, il fallait plusieurs jours pour relier Ambilobe et Vohémar. Pendant la saison des pluies, c'était un bourbier hallucinant. Tapez RN5A Madagascar sur Youtube pour vous rendre compte du caractère extrême que revêtait ce déplacement avant les travaux effectués en 2022.

La borne kilométrique nous indique que Vohémar est à 72 kilomètres.

Aujourd’hui, la route est neuve, il n’y a aucune difficulté majeure, vous pouvez la prendre en scooter sans problème, c’est à la portée du premier venu. N’oubliez pas que JE suis “le premier venu”.

La RN5A est toute neuve. Un vrai billard!

Photo prise à Betsihaka.

Cette étape m’a pris entre 4 et 5 heures en roulant très tranquillement, en faisant quelques pauses pour admirer le paysage. Ne partez pas d’Ambilobe sans avoir fait le plein d’essence, il n’y a pas une seule station-service avant Vohémar!

Un scooter bien nettoyé aura une longue vie!

Un des avantages de se balader en petite moto 125cm3 est que ces machines ne consomment rien, le réservoir doit faire à peu près 9 litres et elles consomment entre 1 et 1,5 litres aux cent kilomètres, donc il faut vraiment être étourdi pour se retrouver en panne d’essence. Mais comme j’aimerais que cette série d’articles donne envie à des gens comme moi (c'est-à-dire non sportifs, non motards, étourdis et à moitié fous) de se lancer sur mes traces, je préfère préciser certaines choses qui paraissent évidentes.

N’achetez pas de l’essence frelatée dans des bouteilles à des mecs sur le bord de la route et allez dans de vraies stations-service, à Madagascar on trouve Jovena, Galana, Total et Shell. Les difficultés d’approvisionnement font qu’il faut parfois tourner entre plusieurs stations pour trouver du carburant disponible, il faut donc savoir anticiper. N’attendez pas d’être sur la réserve pour commencer à chercher de l’essence!

On croise vraiment peu de monde sur cette route, il n’y a presque pas de trafic, c’est vraiment agréable, on peut se permettre de quitter la route des yeux tout en roulant, il n’y a pas de bosses ou de nids-de-poule. On traverse quelques rares communes rurales comme Betsihaka ou Ambararata et aussi quelques villages qui semblent déserts. Les gens qui les habitent sont partis travailler dans les champs ou dans les mines d’or qui sont nombreuses dans le coin.

Corvée de lessive!

Vers la fin de l’étape, à environ 50 kilomètres de Vohémar, je me suis arrêté dans la commune de Daraina qui s’est développée autour des activités de l’orpaillage. J’ai trouvé l’ambiance un peu bizarre, je ne saurais pas vous dire pourquoi mais ça ne m’a pas donné envie de m’attarder, d’autant que la météo commençait à être instable. Lorsque je suis allé faire le plein à la première station que j’ai croisée avant d’arriver à Vohémar, il y avait des rafales de vent hyper violentes qui faisaient dévier ma petite moto, j’avais donc hâte d’arriver à destination!

Match de basket dans la cour de la Mairie de Vohémar.

J’ai dû traverser toute cette charmante ville pour arriver jusqu’à l’hôtel que j’avais réservé: Le Square de Vohémar. L’hôtel se présente comme un relais de motards et effectivement, la patronne est une motarde émérite et tout est prévu pour les adeptes du deux-roues. L’endroit est idyllique, ce sont de petits bungalows tout au bord de l’eau. Après ces quelques heures de route, j’ai pu me prélasser dans un hamac en sirotant un jus de papaye, bercé par le clapotis des flots.

J’ai eu bien du mal à m’extraire de ce refuge douillet, mais comme je n’avais prévu de ne rester qu’une nuit et qu’il était déjà 16h, j’ai voulu aller me balader dans les environs de Vohémar avant la tombée de la nuit. Mon objectif, aller voir le lac vert, un lac sacré infesté de crocodiles.

Le Lac Vert de Vohémar

Presque aucun touriste ne fait les choses en solo comme moi, tout le monde embauche un guide, donc les rares voyageurs qui font escale à Vohémar n’ont pas besoin de se poser la question du chemin à emprunter pour rejoindre le Lac Vert. Comme souvent, il n’y a aucune information sur internet et aucun GPS ne saura vous dire comment y aller!

Le Lac Vert de Vohémar.

C’est là que vous serez content d’être tombé sur ce blog. Pour rejoindre le Lac Vert à pied où en mobylette, je vais vous indiquer précisément une route à peu près praticable dans un article dédié. Ce n’est que sur la toute fin, alors qu’on aperçoit déjà le lac, qu’il y a un passage franchement sableux et compliqué, je n’ai pas voulu le tenter car il était déjà tard, la nuit tombe à 18h, j’ai estimé que ça pouvait potentiellement me mettre dans une galère donc j’ai garé la moto et j’ai fini le trajet à pied, mais je me suis aperçu en marchant que ça pouvait passer en roulant bien sur les côtés du chemin.

La piste menant au lac.

J'ai garé la moto ici. Le lac n'est plus qu'à quelques minutes de marche.

Il était vraiment trop tard pour s’attarder, je n’ai finalement effectué qu’un arrêt express histoire d’admirer le lac, mais je n’ai pas fait tout le tour et j’ai sans doute loupé de belles choses. Si vous effectuez cette balade après avoir vu cet article, n’hésitez pas à m’écrire pour me raconter votre expérience, ça me fera très plaisir.

Vohémar = Le Havre

Le soir venu, je suis rentré à mon formidable petit hôtel où l’on m’a demandé si je comptais dîner sur place, mais Daniel Bay est un garçon sauvage, il parcourt les rues sombres des villes du monde pour trouver des bons plans, il mange rarement enfermé dans son hôtel comme un touriste! Et pourtant, au Square de Vohémar, je vous conseille vraiment d’essayer leur cuisine! J’y mangerai lors de la seconde nuit que j’y passerai une petite semaine plus tard, à mon retour d’Antalaha, et c’est un des meilleurs repas que j’ai mangé lors de mon séjour, il vous cuisinent avec amour du poisson tout frais pêché du jour même.

Coucher de soleil dans la baie de Vohémar.

Pour ce premier soir, j’ai voulu aller voir un peu ce qui se passait en ville. J’avais récupéré quelques noms de restos auprès d’un antillais installé à Ambilobe, ce bon vieux Pascal que j’avais déjà rencontré lors de mon premier séjour. Il est tout le temps fourré au Ke-Ka-Sha et c’est une mine d’informations utiles sur la région. Avant de rejoindre un des restaurants qu’il m’avait indiqué, je me suis fait une balade nocturne en moto, par un froid polaire.

Polaire, polaire, t’as pas une tendance à l'exagération, t’es pas un peu de Marseille ? Non, je suis du Havre! Et au mois d'août croyez-moi, une fois la nuit tombée les rues de Vohémar sont froides et venteuses comme la capitale footballistique de la Normandie (allez le HAC!).

A pied ça va, mais en moto le vent froid pénètre à l’intérieur de vos vêtements, j’avais un sweat à capuche assez épais et j’avais quand même froid! Je n’aurais jamais pensé avoir besoin d’une écharpe ou d’un cache-cou en allant à Madagascar. Je suis allé boire un verre au Ravinala, qui est une sorte de boîte de nuit malgache, mais il était tôt pour ce genre d’endroit et nous étions en début de semaine.

Les pêcheurs attendent la nuit pour sortir en mer.

Je pense que le week-end, c’est un endroit à tester en fin de soirée, il y a du potentiel pour une superbe ambiance. J’ai fini par dîner au Piment, et franchement c’était très bon et le personnel était très sympathique. Je me suis laissé tenter par une langouste grillée et c’était vraiment délicieux.

Sambava, le pays de la vanille

Le lendemain, j’ai repris la route, direction Sambava. Les renseignements que j’avais pu glaner à Vohémar m’indiquaient que la route était difficile, mais franchement c’est très largement exagéré. Il faut dire qu’après mon premier voyage dans la boue, plus aucune route n’est vraiment difficile pour moi.

Antsirabe Nord, entre Vohémar et Sambava.

Dans les rues de Sambava.

Hormis deux ou trois passages où la chaussée est déformée et pleine de trous, entre lesquels il suffit de slalomer avec précaution, la route est vraiment très correcte. J’ai eu l’impression qu’il y avait plus de barrages de police que dans d’autres régions, plus tard j’apprendrai que c’est pour lutter contre les vols et le trafic de vanille que les autorités sont déployées de manière plus visible sur ce territoire. En effet, Sambava est au cœur du pays de la vanille, cette épice prisée dans le monde entier et dont Madagascar est un des principaux producteurs. Lors de ce voyage en août 2025, les prix de la vanille s’étaient effondrés, elle ne valait plus rien et toute la région de Sambava était plongée dans le chômage et la misère.

Quand vous pensez au prix délirant auquel est vendue la vanille en Europe et ailleurs, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette économie. De ce que j’ai pu comprendre, cet effondrement des prix est multifactoriel, entre spéculation et politiques publiques inadaptées. A Sambava comme ailleurs, la misère qu’on peut observer à Madagascar est saisissante, franchement ça fait mal au cœur. Quelles que soient nos opinions politiques, lorsqu’on se promène dans ce pays, on est un peu obligé de se poser la question de la répartition des richesses mondiales.

La rue des menuisiers.

La gare routière de Sambava.

Lorsqu’on arrive à Sambava, on se rend tout de suite compte que c’est une vraie grande ville, avec un aéroport, des supermarchés et beaucoup de monde dans toutes les rues. Je n’y suis resté que deux nuits, mais c’est dans cette ville que j’ai réalisé deux des meilleures photos de la série, Le manège de l’enfant-roi et La supérette de Sambava.

C’est aussi ici que j’ai pris l’hôtel le moins cher de tout mon voyage: Chez Kong. Pour 6 ou 7 euros, vous avez une chambre propre, de l’eau bien chaude et un personnel très accueillant. Le restaurant chinois situé en bas de l’hôtel propose des plats délicieux. N’allez pas vous baigner à la plage de Sambava, la mer est y est réputée très dangereuse avec de forts courants pouvant vous emmener au large en un rien de temps.

Discussion animée au comptoir du restaurant "Kong".

On m’avait dit qu’à Sambava, “il n’y a rien à faire”. La plupart des gens ont besoin d’effectuer des visites touristiques pendant leur voyage et d’avoir une certain nombre de “cases à cocher”. Pour ma part, me balader dans les rues et “sentir” l’atmosphère d’un endroit suffit à mon bonheur. Je n’ai donc pas réellement cherché à visiter un endroit en particulier, je me suis juste baladé dans la ville et j’ai pris des photos !

Boulangerie Ntsika.

Une autre photo de la gare routière de Sambava

Je me suis tout de même rendu jusqu’à La Vanilleraie de Sambava au sud de la ville, où j’étais censé pouvoir visiter les plantations ainsi qu’un musée consacré à cette célèbre épice. Malheureusement, le lieu était fermé. Une dame m’a accueilli et m’a proposé d’ouvrir le musée juste pour moi, mais c’était surtout les plantations qui m'intéressaient, alors j’ai décliné cette bienveillante proposition. Le lendemain, je me suis mis en route pour Antalaha.

Sambava la nuit.

Peintres en bâtiment à Sambava.

Mécanicien à Sambava.

Antalaha

La route entre Sambava et Antalaha n’est pas “nickel-nickel” mais pas besoin d’être un motard expérimenté pour effectuer ce voyage, avec mon niveau “motard du dimanche” je m’en suis sorti sans difficultés.

Les paysages traversés sont très beaux, on serpente entre des terres agricoles, des palmeraies, on traverse plusieurs cours d’eau avec des points de vue magnifiques depuis les ponts qui les enjambent. On croise aussi énormément de gens faisant sécher de la vanille au soleil. Il y a pas mal de contrôles de police dans cette région, c’est dû à aux trafics et aux vols de vanille.

Les paysages entre Sambava et Antalaha sont à couper le souffle.

La police malgache est réputée ultra-corrompue, mais cette réputation est à nuancer, je n’ai pas eu trop d’expériences désagréables à ce sujet. J’avais toujours mon casque, mon permis de conduire (le permis B français est valable pour conduire une moto 125), la carte rose, l’assurance, bref j’étais en règle. Dans l’immense majorité des cas, après le contrôle, on m’a laissé partir sans essayer de me soutirer de la monnaie.

Le séchage de la vanille.

Aux gendarmes, je faisais le salut militaire, aux policiers que je trouvais un peu trop soupçonneux, j’inventais mon appartenance à la police française et cela accélérait fortement la procédure de contrôle. J’imagine qu’ils ne doivent pas voir si souvent des mecs comme moi qui se baladent tout seul et que beaucoup m’ont pris pour un français qui vivait dans le coin.

Une fois, deux policiers m’ont contrôlé et m’ont déclaré: “on ne veut pas voir ton permis, on ne veut pas voir ton assurance, on a soif”. Un tel culot m’a beaucoup amusé et plutôt que de me braquer, je leur ai dit “j’aime les gens qui vont droit au but, au moins vous ne faites pas semblant, tenez, allez vous payer une bière!”. Plus tard, dans le centre de Diego-Suarez, un policier me fera le même coup mais j’étais moins d’humeur à lâcher du lest.

Paysages de montagnes et de rizières sur la route menant à Antalaha.

Il me dira “Il fait chaud à Madagascar, ça donne soif”. Nous sommes au mois d’août, il fait 23 degrés, objectivement les températures sont modérées. Je lui répondrai “non il ne fait pas chaud”, il répliquera “si, il fait chaud”. Ce ping-pong verbal s’achèvera lorsque je renverrai la balle “NON il ne fait pas chaud” en sortant mes papiers en règle. Il ne les regardera même pas. “Allez, circulez!”

Antalaha est une ville qui a un certain charme. Vous n’avez pas une offre hôtelière très fournie, je suis allé comme tout le monde à l’hôtel Ocean Momo. Le GPS ne sait pas y aller, et n’ayant pas réussi à trouver l’entrée côté route, je suis arrivé en moto par la plage !

“

J’suis le balayeur d’Antalaha, le gars qu’on croise et qu’on n’regarde pas !

”

Première sortie dans les rues d'Antalaha.

C’est un hôtel très correct, dans le lobby il y a toute une collection de sculptures et de coquillages géants. Le service au client est inexistant, je me suis présenté à la réception, on m’a donné un numéro de bungalow que j’ai dû chercher moi-même. “La clef est sur la porte!” Après avoir déchargé ma moto, j’ai demandé où était le parking, on m’a dit “là-bas!” on me donnant une vague indication. Comme je m’étais ensablé sur la plage en essayant de trouver l’hôtel, mes chaussures étaient pleines de sable, et comme un idiot j’ai ensablé la chambre en enlevant mes pompes, je suis allé demandé en m’excusant si c’était possible qu’on vienne nettoyer ma bêtise, et on m’a donné un balai !

J’aurais souhaité un accueil un peu meilleur, mais c’est anecdotique, l’hôtel est très bien et situé directement sur la plage. A quelques minutes à pied vous avez le Cancun, un restaurant où on mange bien et où on peut jouer au billard. Après avoir fait moi-même mon check-in et nettoyé la piaule, je suis parti dans les rues d’Antalaha pour faire de la street-photo, bien sûr !

Dans les rues animées d'Antalaha.

Quelques photos prises à Antalaha:

C’est lors de cette première sortie que j’ai fait la rencontre de Mireille, une femme extraordinaire et profondément attachée à ce pays magnifique. À travers son association Enawo, elle œuvre à la construction de puits dans des villages privés d’accès à l’eau potable. Nous avons échangé nos contacts et le lendemain, elle m’a emmené faire une visite de chantier sur les hauteurs d’Antalaha, où elle est connue et respectée de tous. Je n’aurais sans doute pas osé m’aventurer seul dans ce secteur sans la présence de cette femme exceptionnelle.

Grâce à Mireille, j'ai pu monter tout en haut de la colline qui surplombe la ville.

Dans les quartiers des hauteurs d'Antalaha.

Un habitant effectue un travail de terrassement.

Un ouvrier creuse un puit pour l'association Enawo.

Je suis resté 3 jours à Antalaha flânant dans les rues et sur la plage. Il n’est pas vraiment possible d’aller beaucoup plus loin au sud, Antalaha est presque un cul-de-sac. Il était donc temps de rebrousser chemin. J’ai fait d’une traite Antalaha-Vohémar, avant de rejoindre de nouveau Ambilobe où j’ai enfin pu effectuer la visite du parc national d’Ankarana avant de monter jusqu’à Diego-Suarez où je suis resté 10 jours, ce qui constituera le prochain chapitre de ce récit de voyage.

Merci de m’avoir lu!

Aux environs d'Antalaha.