Derrière l'objectif : Zone interdite
L'histoire derrière la photo Zone interdite, tirée de la série "Gasy Stories" et disponible dans plusieurs finitions dans la boutique du site.
Dans mes photos de rue, le décor a une importance égale à l’action qui s’y déroule. Le plus souvent, si je repère un décor et que je me mets à attendre qu’il se passe quelque chose, alors il ne se passe rien. Préparer une photo de rue est le meilleur moyen de la rater. De même, retourner à un endroit où l’on a déjà fait une photo dans l’espoir d’en capturer une meilleure amène le plus souvent son lot de déceptions.
Zone interdite, série Gasy Stories
La meilleure photo dans le style qui est le mien combine un décor intéressant, une action digne d’intérêt et aucune anticipation de ma part. C’est par exemple le cas d’”Une reine, un refuge”. Je passais par là, en une fraction de seconde j’ai vu que la lumière filtrée par les branchages était intéressante, j’ai immédiatement pris une photo, et une seule ! J’ai eu de la chance qu’en plus de la scène de la mère et ses enfants, une passante passait par là et observait elle-même l’action principale, tout en marchant avec son sac sur les épaules.
Toute règle a ses exceptions !
Pour les photos “Zone interdite” et “Particules, point du jour”, le cheminement a été bien différent puisque j’avais repéré ces endroits seize mois auparavant, lors de mon premier voyage où je n’avais pas mon appareil photo. Je vous ai raconté ce premier road-trip dans des conditions apocalyptiques dans cet article. Dans les deux cas, j’avais pris des photos avec mon téléphone portable ! Le rendu n’est donc pas comparable avec une prise de vue réalisée avec un vrai appareil, surtout pour des photos prises en conditions nocturnes. On ne pourrait les imprimer que dans un tout petit format.
“Zone interdite” a été prise sur l’île de Nosy Be, peu avant l’entrée du village de Darsalam, le long de la clôture barbelée encerclant la centrale électrique Jirama. Un soir de 2024, je passais par là et cette palissade éclairée par la lumière crue d’un unique lampadaire m’a tout de suite tapé dans l'œil.
Il y avait un côté dystopique et carcéral qui me plaisait bien, j’ai garé la moto sur le bas-côté et j’ai pris une photo avec mon téléphone. La jeune femme qui est passé devant mon objectif a réalisé un mouvement étonnant tout en marchant, elle a fait comme un étirement en se tenant le pied avec sa main.
Photo prise au même endroit, avec un téléphone, en avril 2024.
En 2025 je suis donc retourné volontairement à cet endroit, cette fois-ci avec mon appareil photo, pour essayer de capturer une image intéressante qui serait exploitable en grand format. Dans ces cas-là, il faut faire le deuil de la photo prise au téléphone et se dire que personne ne repassera faire des étirements musculaires sous ce lampadaire. Mais c’est ça qui est magique, dans la photo de rue. Une photo est une fraction de seconde de l’histoire humaine, prise à un instant T à un endroit précis, et il est impossible de refaire deux fois la même image.
Première tentative: aucun intérêt.
Je ne suis pas resté très longtemps posté à cet endroit, pour conserver le plus possible une forme de spontanéité. Quelques personnes sont passées. Il manquait toujours quelque chose pour me satisfaire.
Les gens qui regardent leur téléphone, le cauchemar des photographes de rue.
Après quelques minutes, les astres se sont alignés: cette femme solitaire portant son panier sur la tête chemina le long de ces barbelés, tandis qu’une voiture arrivait dans le sens opposé. La lumière des phares de l’automobile apporte une seconde source lumineuse “hors champ” qui permet de distinguer le visage de la femme. J’aurai sans doute dû monter un peu plus les ISO pour gagner en précision sur son visage, mais le rendu à l’impression 40 x 50 cm est très satisfaisant.
Photo ratée mais qui permet de voir le décor sous un autre angle.
Par rapport à la photo prise au téléphone, Zone Interdite montre un personnage plus poétique, plus étranger au décor carcéral qui l’entoure. Marcher lentement avec un panier en équilibre sur la tête est un exercice chorégraphique plus élaboré qu’une simple séance de stretching. Les saisons ont passé, la végétation a jauni. Des centaines d’instants de vie humaine se sont produits et se produiront devant ce décor de cinéma, et j’étais présent pour capturer celui-ci.
Zone Interdite.
Lieu: Route menant à Darsalam, devant la centrale thermique Jirama.
Vitesse : 1/250
Ouverture : f/2,8
ISO 6400
