Gasy stories partie 1 : le premier voyage
Dans cette série d’articles, je vais vous conter comment je me suis retrouvé à effectuer 3000km à Madagascar tout seul avec une toute petite moto 125cm3 de ville chaussée en pneus lisses, alors que je ne suis ni motard ni particulièrement sportif, pour y réaliser un projet photographique dans les rues de plusieurs villes de Madagascar !
Avant de concrétiser ce projet en août 2025, il y eut d'abord un premier voyage lors duquel je n’avais même pas pris mon appareil photo. C’est cette première expérience éprouvante dans ces contrées extraordinaires que je vais vous conter dans ce premier article.
Début 2024, je prends des nouvelles d’un vieil ami un peu perdu de vue depuis quelques années. Il m’explique qu’il est tombé amoureux d’un pays qu’il décrit comme unique et magnifique : Madagascar. En vacances là-bas au moment où la pandémie de Covid-19 se déclara, il se retrouva bloqué sur place pendant presque un an, complètement abandonné par l’Ambassade et sans aucun moyen de quitter le pays ! Ce qui devait être de simples vacances se transforma donc en une année sabbatique contrainte et forcée ! Tombé amoureux du pays, il y retournait désormais chaque année, et pour 2024 il projetait d’y effectuer un road-trip en moto à travers tout le nord du pays. Au fil de la discussion, il me demanda si ça m'intéresserait de l’accompagner dans cette aventure. Hormis quelques balades en scooter lors de vacances en Asie du Sud-Est, je n’avais jusqu’à présent fait du deux-roues que pour aller de mon domicile à mon travail, et depuis qu’il était devenu impossible de rouler dans Paris même en scooter, je l’avais revendu depuis 2 ans ! Il m’expliqua que pour affronter les routes malgaches, une 125cm3 (la cylindrée maximale que je suis autorisé à piloter avec un simple permis voiture) était suffisante mais qu’il était préférable d’utiliser une moto à boîte de vitesses, ce que je n’avais jamais fait de ma vie. Le projet n’était pas de rouler sur des pistes, mais simplement de relier plusieurs villes en utilisant les routes nationales. Après quelques secondes de réflexion, je me décidais à le suivre pour de longues “vacances” de 42 jours.
Le programme était le suivant : atterrissage à Nosy Be, le coin le plus touristique de Madagascar, 2 jours consacrés à me trouver une moto et à m'entraîner à la piloter, puis 3 bonnes semaines de balade à travers tout le nord du pays, avant de revenir à Nosy Be pour une fin de séjour plus reposante. En préparant le voyage, je me rendis compte que les locations de motos 125 étaient extrêmement chères à Nosy Be, en comparaison des prix que j’avais connu dans des pays comme le Vietnam ou la Thaïlande.
Le gars est fatigué par le voyage mais ce n'est rien comparé à la fatigue qui l'attend sur les routes malgaches.
Il fallait compter 10 euros par jour, mais si l’on voulait s’éloigner de Nosy Be, les loueurs demandaient 20 euros par jour, pour une machine dans un état allant de moyen à très mauvais. Sortons les calculettes :
Location d’une moto chinoise dans un état pourri pour 42 jours : 42 x 20 = 840 euros.
Achat de cette même moto neuve : 1000 euros.
La Bajaj 125HD achetée neuve en arrivant à Madagascar.
C’était vite vu, je pris la décision d’acheter la moto neuve et de tenter de la revendre avant mon retour en France. Au moins, j’aurai une machine fiable, et en la revendant à -25% du prix neuf, j’espérais trouver des acheteurs facilement. Si je parvenais à la revendre, cette moto 125 m’aurait coûté dans les 250 euros pour 42 jours, ce que je jugeais acceptable.
29 mars 2024 : nous atterrissons à Nosy Be dans la grisaille. Deux jours auparavant, le cyclone Gamane avait touché toute la région que nous voulions parcourir. Un cyclone dévastateur. Dès notre arrivée, on nous prévient que notre projet risque de tomber…à l’eau !
Renault 25 cabriolet dans sa livrée "Green British", telle est le genre de curiosité que l'on peut croiser à Madagascar (j'adore).
Qu’à cela ne tienne, je me suis tenu au plan initial, et après avoir galéré comme jamais avec ma banque (que j’avais pourtant prévenu) pour effectuer des retraits d’argent, j’ai acheté une petite moto indienne de la marque Bajaj et j’ai effectué toutes les démarches pour l’assurer et obtenir les papiers nécessaires pour être dans la légalité.
Sur place, certains immigrés français ou des touristes habitués des lieux me disent que je m’embête pour rien, que même avec les papiers en règle, la police malgache me prendrait des sous à chaque contrôle, ce qui s’est avéré parfaitement faux, quelques-uns ont tenté mais dans l’immense majorité des cas, j’ai pu circuler sans être obligé de corrompre des fonctionnaires ! Je vous précise aussi, au cas où ce récit inspirerait des vocations, que j’avais acheté un casque en Europe et que je l’avais amené avec moi, ainsi que des gants de moto.
J'avais acheté un casque modulable en Europe pour plus de sécurité. Il n'est même pas homologué pour la France car il lui manque des bandes réfléchissantes ! À Mada, j'avais le plus beau casque, en France j'aurais pris une amende...
Par contre, je n’avais pas de combinaison spécifique, juste un vieux jean, une chemise à manches longues et un hoodie. Plus jeune j’avais déjà fait du scooter en tongs, short et t-shirt, mais il faut croire qu’avec l’âge je deviens un tout petit peu moins débile (juste un tout petit peu moins). Au bout de 48 heures passées à m'entraîner au pilotage de la mobylette, j’étais enfin prêt à entamer le road-trip ! Mais il pleuvait sans discontinuer ! On a attendu 2 jours de plus, espérant des conditions plus clémentes, mais après 4 jours les conditions étaient toujours aussi instables. On a décidé de partir quand même ! Je n'avais même pas pris de K-Way...
Exploration du voisinage et entraînement au pilotage de la bécane. Les routes sont détrempées, mais c'est juste un avant-goût de ce qui m'attend...
Je me prépare pour le grand départ. N'ayant rien prévu pour la pluie, j'ai emballé mes affaires dans des sacs poubelle : l'aventurier le plus "à l'arrache" de toute l''Afrique de l'Est.
La saison sèche est censée commencer début avril, on savait que c’était un peu juste, mais on n’avait pas pu caler ce voyage à des dates plus adaptées pour des raisons de planning professionnel. Maintenant que je connais un peu ce pays, je peux vous dire que la saison des pluies est tellement violente que de toutes les façons, les routes mettent des semaines à sécher. Prévoyez-donc un peu de marge par rapport au début théorique de la saison sèche ! Et achetez des vraies sangles pour fixer vos bagages sur la moto, je n'avais pris que des tendeurs achetés sur Amazon : encore une belle connerie signée Daniel Bay !
Nous voilà donc partis pour l’aventure ! Les pieds nickelés à Madagascar ! Le mec, il a jamais fait de moto de sa vie, il commence directement par les routes de l’impossible ! Ne sachant pas du tout à quoi nous attendre, nous avions prévu des étapes très courtes, jamais plus de 150 kilomètres par jour. Bien nous en a pris, vous le verrez par la suite.
Vers 8h du matin, nous avons embarqué les bécanes sur un bateau pour quitter Nosy Be et rejoindre Port Ankify où nous avons débarqués en milieu de matinée, avec pour objectif de rejoindre la ville d’Ambanja, à une heure de route du port, environ. Enfin, comptez une heure dans des conditions normales. Dans ces conditions post-cycloniques nous avons mis presque trois heures, si j’en crois mes souvenirs (qui sont un peu vagues tant les étapes suivantes ont été 50 fois plus dures et plus marquantes).
L'embarquement au port de Hell-Ville, Nosy Be.
Les routes étaient dans un état abominable et il fallait se crisper sur le guidon pour éviter les trous et slalomer dans la boue, avec nos mobylettes à pneus lisses. Nous sommes tout de même parvenus à atteindre Ambanja sans trop d’encombres. Comme les averses continuaient de s’abattre régulièrement, nous n’avons pas pu visiter grand-chose de la région d’Ambanja, ce que je pourrai faire lors de mon second voyage 15 mois plus tard.
La route principale qui traverse la ville d'Ambanja.
Nous nous sommes mis en quête de renseignements sur la prochaine étape, qui s’avérera être “l’étape de l’enfer absolu”, Ambanja >>> Ambilobe. On nous explique qu’en temps normal, cette étape peut s’effectuer en 2h, mais qu’à cause du cyclone, un pont enjambant le fleuve s’est effondré et que nous allions devoir prendre un bac pour traverser le cours d’eau, ce qui allait fortement nous ralentir. On nous dit qu’en voiture ou en tuk-tuk, ça ne passe pas, mais qu’avec nos petites mobylettes, nous allions nous en sortir sans trop d’embûches. La réalité fût tout autre. Recueillir des renseignements FIABLES est une vraie difficulté à Madagascar, il y a peu d’informations sur l’état des routes et le trafic, il faut aller à la pêche aux infos via des pages facebook qui ne disent pas toutes la même chose. Pareillement, pour acheter la moto neuve, j’ai eu toutes les peines du monde. Au début je voulais prendre une Honda 110cm3, mais l’adresse de la concession Honda à Nosy Be était fausse, la localisation de cette même concession sur Google Maps était tout aussi erronée…
il ne faut pas m'adresser la parole le matin tant que je ne me suis pas shooté au café expresso. Ambanja, quelques minutes avant le départ.
J’ai finalement acheté la moto via un petit revendeur indépendant trouvé dans la rue, et je ne trouverai l’adresse de la vraie concession Bajaj qu’à mon second voyage ! Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos zébus, savourons un bon petit café et laissez-moi vous raconter l’étape de l’enfer entre Ambanja et Ambilobe.
Nous avions décidé en amont du road-trip de toujours prendre une grande marge entre nos arrivées dans les villes-étapes et l’heure de la tombée de la nuit, étant donné qu’en plus d’être des motards du dimanche, nous n’avions même pas pris un tournevis ou une bombe anti-crevaison. Une coupure de courant étant intervenue vers 4 heures du matin, nos chambres s’étaient vite transformées en fournaise, impossible de dormir par cette chaleur. A 6h45, les motos étaient chargées et nous quittâmes Ambanja.
Des paysages à couper le souffle entre Ambanja et Ambilobe.
Photo prise au début de l'étape, avant que la vraie galère ne commence.
C’est la vraie aventure, c’est pas comme faire du scooter à Bali avec un macbook sous le bras !
Il faisait beau ce jour-là, mais très vite, nous nous sommes retrouvés dans une galère indescriptible, la route était pleine de trous, de graviers, et par endroits la chaussée était complètement effondrée et inondée. Nous avons traversé des passages avec d'énormes couches de boue ultra-glissantes. Les paysages étaient sublimes, mais pas question de quitter la route des yeux une seule seconde. Tout au long de cette étape, nous n’avons pas pu dépasser le 15 km/h, on devait se servir de nos pieds comme stabilisateurs et jouer en permanence avec la boîte de vitesses, toujours entre la première et la deuxième. J’ai jamais passé la troisième vitesse de la journée. Un nombre incalculable de fois, j’ai été obligé de solliciter de l’aide auprès de la population pour pouvoir passer.
Quand vous arrivez là-dessus avec une mobylette à pneus lisses et que vous n'avez jamais fait de moto de votre vie, croyez-moi : vous serrez les fesses et vous transpirez un peu beaucoup.
Au bout de trois heures de route, on a commencé à voir des poids-lourds et des taxi-brousses garés en file indienne sur le bas-côté, sur plusieurs kilomètres, et nous en avons déduit que le fameux pont effondré ne devait pas être loin. On a remonté toute la file, ne sachant pas du tout où et comment prendre le bac dont on nous avait parlé.
Nous arrivons donc au pont Ifasy, où régnait une cohue indescriptible. Le pont était bel et bien complètement détruit. Impossible de rejoindre la rive sans l’aide de quelques locaux qui s’y sont mis à 4 pour emmener ma moto jusqu’au rivage. Encore merci à ces gars qui ont gagné un petit billet bien mérité. J’ai commencé à angoisser lorsque j’ai compris que le bac en question était en fait une toute petite pirogue en bois super étroite !
Le pont Ifasy n'a pas survécu au cyclone Gamane.
Je voyais déjà ma petite bécane achetée neuve trois jours plus tôt finir au fond du fleuve… J’ai dû payer des mecs pour embarquer la moto sur la pirogue, payer pour la traversée, puis encore payer d’autres gars pour décharger la moto de l’autre côté. Oh la la mes amis ! La traversée du fleuve en pirogue avec la moto, je m’en souviendrai toute ma vie ! Là c’est la vraie aventure, c’est pas “je suis digital nomad et je fais du scooter à Bali avec mon macbook sous le bras” ! C’est carrément un autre délire !
Je dois attendre qu'une pirogue soit disponible pour pouvoir embarquer. Il fait chaud, il y a de la tension dans l'air, et je suis le seul blanc-bec !
Embarquement de la moto ! Stress maximum ! Va-t-elle finir au fond de l'eau ? Je l'ai achetée neuve il y a seulement 5 jours !
Après la traversée, je suis parvenu à rejoindre ce qu’il restait de la route sans avoir besoin de me faire aider, mais dès que je remis le contact, je me rendis compte que je n’avais plus de frein avant ! Je ne sais pas à quel moment des transbordements cela s’est produit, mais cela s’est produit ! J’ai dû terminer toute l’étape (on en était seulement à la moitié) au frein-moteur, le frein arrière étant plus symbolique qu’autre chose sur ces petites motos indiennes. L’enfer !
C’était reparti pour plusieurs heures de la même galère, plein de points de coupure, les routes effondrées, inondées, la bouillasse partout… A force de lâcher des petits billets allant de 2000 à 5000 ariary (40 centimes à un euro) pour toute cette aide que les malgaches m’ont apporté, à la fin je n’avais plus que des grosse coupures de 20.000 ariary et j’ai trouvé les gens d’une honnêteté exemplaire : pour passer un endroit où on devait soulever la moto, je me mets d’accord avec les gars pour 5000, avant de me rendre compte que je n’avais qu’un billet de 20.000 ariary. “Laisse-moi 5 minutes, je vais te trouver 15.000”. En France, dans ces conditions de catastrophe naturelle, on m’aurait sans doute dit “désolé on rend pas la monnaie” !
La route est effondrée, mais on arrive à passer par le côté.
Ce n'est pas le moment de quitter la route des yeux.
Selon nos GPS, nous n’étions plus qu’à quelques kilomètres d’Ambilobe, lorsqu’à l’occasion d’une pause clope, on nous apprend qu’il y a un deuxième pont effondré et qu’il faudra à nouveau passer avec une barque ! Effectivement, le pont Mahavavy, construit en 1940 et emblématique de la ville d’Ambilobe, n’avait pas non plus résisté au cyclone Gamane.
Ce qu'il reste du pont Mahavavy après le passage du cyclone.
Alors que dans la pirogue, les dockers avaient chargé ma moto droite sur ses roues (mais en pétant le frein avant), dans cette seconde barque un peu plus large, les motos ont voyagé couchées, avec toute l’huile qui s’est baladé un peu comme elle voulait dans le moteur. Je repensais alors à mes échanges de mail avec les loueurs de motos lors de la préparation du voyage:
“ - Si vous me dites que le kilométrage est illimité, alors pourquoi voulez-vous me la louer 20 euros par jour au lieu de 10 sous prétexte que je vais m’éloigner de Nosy Be ? Cela veut-il dire qu’en cas de panne vous venez me dépanner ? Pourquoi un tel surcoût ?
- Non, personne ne viendra vous dépanner, c’est 20 euros par jour à cause de l’usure accrue sur ce type de route.
Mais on ne va prendre que des routes nationales, qu’est ce que vous me racontez ? Bon, tant pis, je juge ce prix abusif, on ne fera pas affaire, désolé”
5 jours après avoir acheté ma moto neuve, elle était pleine de rayures, sans frein et voyageait couchée sur une barque. Je comprenais mieux tout à coup “l’usure accrue sur ce type de route”.
La bière la plus méritée de toute ma vie !
Nous avons mis presque 8h pour faire cette étape de 110 kilomètres et nous sommes arrivés à Ambilobe complètement morts de fatigue. Heureusement, nous avions réservé un des meilleurs hôtels de la région, ou en tout cas celui avec le meilleur rapport qualité/prix, le Kozobe Hôtel. Vastes chambres climatisées, superbe piscine, personnel aux petits soins, ma moto fut vite nettoyée et le frein réparé. Très vite, nous avons décidé de rester plus longtemps que prévu à Ambilobe. Nous n’étions absolument pas en état de reprendre la route dès le lendemain, surtout que les “nouvelles du front” n’étaient pas bonnes : la ville suivante que nous avions projeté de rejoindre, Vohémar, sur la côte Est, semblait inaccessible.
Les quelques vidéos que nous avions pu visionner sur Facebook ou Tiktok montraient une région ensevelie sous les eaux. Alors qu’on nous avait présenté l’étape Ambanja-Ambilobe comme tout à fait faisable, ce qui s’était avéré assez optimiste, on nous informe qu’il est impossible de rejoindre Vohémar, même en moto.
Le violent cyclone Gamane qui a touché toute la région que nous projetions de visiter.
C’est ainsi que s’achevaient nos derniers espoirs de réaliser le road-trip prévu initialement. Si nous ne pouvions rejoindre Vohémar, alors il en était de même pour Sambava, Antalaha, Andapa… Plus de la moitié du parcours prévu devenait donc impossible à réaliser.
Nous sommes restés deux ou trois jours à Ambilobe, le premier jour étant consacré à nous remettre physiquement de cette étape infernale. J’adore cette petite ville, il y a très peu de touristes, et les rares occidentaux de passage restent pour la plupart enfermés au Kozobe Hôtel, ce qui n’est pas vraiment mon genre, comme vous commencez sans doute à le comprendre. J’ai aimé flâner dans les petites rues du centre-ville.
Les rues d'Ambilobe sont très "roots" .
Notre quartier général à Ambilobe.
Nous avons trouvé un restaurant recommandable : le ke-ka-sha (chez Savitrie) où nous avons été très bien accueillis. Le cuisinier, comprenant que nous allions rester plusieurs jours sur place, nous a proposé de nous concocter un repas sur-mesure pour le lendemain avec des plats qui n’étaient pas sur la carte.
Sur la route de Vohémar, pour avoir au moins une idée de ce que nous allions louper !
Il tenait à nous montrer son savoir-faire en nous préparant le canard rôti à la malgache, et à ma demande, il a pu nous faire une délicieuse salade d’avocat au crabe. Le souvenir de cet accueil restera gravé dans ma mémoire. Nous nous sommes baladés en moto dans les environs, nous aventurant sur la route de Vohémar pour y découvrir de magnifiques paysages.
Balade dans les environs d'Ambilobe.
Soeur Anne, je ne vois rien que le soleil qui rougoie et le cyclone qui foudroie.
Enfin remis physiquement de l’étape infernale Ambanja-Ambilobe, nous avons décidé de rejoindre Antsiranana (Diego-Suarez), la ville la plus au nord du pays, et d’y rester presque dix jours. Il semblait y avoir beaucoup de sites à visiter dans la région de Diego et on se disait que pendant ces dix jours des choses seraient entreprises pour améliorer l’état de la route suite au passage du cyclone. On ne se voyait pas rentrer à Nosy Be immédiatement, ça aurait eu trop le goût de la défaite ! L’étape Ambilobe-Diego-Suarez fut également extrêmement physique, là encore nous avons mis presque la journée entière pour effectuer les 140 kilomètres entre ces deux villes.
C'est reparti ! Ambilobe-Diego Suarez, toujours en aqua-bike.
Par endroits, la route était constituée de mini vaguelettes très serrées, donnant l’exacte sensation de rouler sur de la tôle ondulée. A part ça : de la boue, des cailloux, on commence à être habitués ! Arrivés à Diego-Suarez, tandis que je rangeais mes affaires dans ma chambre, j’ai été pris de violentes crampes musculaires aux jambes qui m’ont carrément couché au sol, j’ai hurlé pour que mon pote vienne m’aider, lorsqu’il est entré dans mon bungalow et qu’il m’a vu par terre presque en train de pleurer de douleur, il a d’abord cru que je faisais un AVC ou quelque chose du genre. “Une crampe ! Une put*** de crampe ! Tire sur ma jambe de toutes tes forces !” Même en bouffant du magnésium et en essayant de boire le plus d’eau possible, je suis sujet aux crampes. J’en ai eu après chaque étape, mais celles subies à l’arrivée à Diego, je m’en rappellerai ! Une chose que je n’avais pas anticipé avant de me rendre à Madagascar à une période post-cyclonique, c’est que vous pouvez rouler des heures sans pouvoir acheter de l’eau fraîche. Il y a tellement de coupures d’électricité que l’eau que vous trouvez en route n’est pas réfrigérée, donc toute la journée vous buvez de l’eau chaude, il paraît que c’est bon pour la santé mais ça n’incite pas à boire suffisamment !
Un véritable enfer avec ma moto à pneus lisses.
Va savoir la profondeur de ce trou ! Y'a plus qu'à y aller et on verra bien !
L'immensité fascinante des grandes plaines malgaches.
Des paysages de rizières à l'approche de Diego-Suarez.
Là encore, la première journée passée à Diego-Suarez fut essentiellement consacrée à nous remettre physiquement. J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette ville, j’ai adoré son atmosphère et ses habitants. Enfin, la météo devenait clémente ! Nous avons visité quelques sites notables à voir dans le coin, notamment la célèbre mer d’Emeraude.
Dans les rues de Diego-Suarez.
J’ai tenté d’aller visiter en totale autonomie les Tsingy Rouges, curieuses formations rocheuses créées par l’érosion, mais j’ai dû abandonner en route et faire demi-tour, c’était vraiment trop dur avec une simple mobylette à pneus lisses. Bien que je portais des gants, ma main gauche était irritée presque jusqu’au sang à force de jouer avec la boîte de vitesses.
Vous pensez que j'exagère, que j'en rajoute ?
Quinze mois plus tard, lorsque je reviendrai seul à une meilleure saison mais avec exactement la même moto, j’y parviendrai enfin !
L'entrée du site. Encore 20 kilomètres de piste pour atteindre les Tsingy : je n'ai pas réussi à aller au bout.
Croyez-moi : une moto-cross est plus adaptée à cette visite.
Le ciel reste menaçant. C'eut été un cauchemar absolu si j'avais dû subir une averse...
C'est ici que j'ai fait demi-tour... on aperçoit les Tsingy, au loin...
Lors de cette longue semaine passée à Diego-Suarez, je suis également allé jusqu’à la baie des dunes où s’étend une superbe plage.
Sur la piste pour rejoindre la Baie des Dunes.
Là encore, je vous conseillerais plutôt de prendre une moto-cross, c’était vraiment très dur avec une moto de ville. Sur de la boue, on finit par savoir anticiper dans quel sens la moto va glisser, mais sur du sable c’est la loterie, la moto part dans tous les sens sans prévenir ! Je vous conseille de vous garer à Ramena et d'y aller à pied (une petite heure de marche).
Intenses nuances de bleu sur la mer, le long du chemin menant à la Baie des Dunes.
Le célèbre pain de sucre dans la baie de Diego-Suarez.
Pauvre petite mobylette ! À peine deux semaines d'existence et déjà 1000 kilomètres au compteur !
Dans les rues de Diego. J'adore cette ville et ses habitants.
Photo prise au téléphone comme toutes les photos postées dans cet article. Ce n'est que 15 mois plus tard que je reviendrai pour mon projet photographique "Gasy stories".
Ça joue à la pétanque partout à Madagascar, le niveau est élevé et le pays a déjà été sacré plusieurs fois champion du monde de cette discipline.
Après cette grosse semaine à Diego, il était temps de nous remettre en route pour rentrer à Nosy Be où nous attendait une superbe villa avec piscine que nous avions réussi à négocier à un tarif très avantageux, la saison touristique n’ayant pas encore réellement débutée. Il faut noter que jusqu’au bout, nous ne nous sommes pas départis de notre optimisme ou de notre naïveté, chaque jour nous nous disions : “Bon, peut-être qu’aujourd’hui ça va être un peu plus facile”. Ça n'a JAMAIS été le cas. Diego-Ambilobe, l’enfer. Ambilobe-Ambanja, le même enfer qu’à l’aller, mais en plus on s’est trompé de route, ce qui nous a fait perdre deux heures.
C'est reparti, il faut faire tout le chemin de retour, sous un ciel souvent menaçant.
"Moto 125 à vendre, état presque neuf"
J'ai réussi à passer cette difficulté sans aide extérieure : je progresse !
Mon pote a vécu un cauchemar absolu en renversant un enfant qui s’est quasiment jeté sous ses roues. Aucune blessure mais une belle frayeur. 15 jours après le cyclone, rien n’avait changé, aucun travaux de réparations n’avaient été entrepris. Lorsque je reviendrai en 2025 pour réaliser le projet Gasy Stories, les ponts Mahavavy et Ifassy n’avaient toujours pas été réparés, alors c’était bien naïf de ma part de penser qu’en quinze jours les choses se seraient améliorées.
On attend qu'une barque soit disponible pour pouvoir traverser.
La routine !
Pause fraîcheur.
Il a donc fallu de nouveau passer les fleuves dans des pirogues, cette fois-ci sans casse mécanique. Jusqu’à l’ultime seconde, rien ne s’est passé de façon fluide. Partis très tôt d’Ambanja, nous étions à 7h45 à Port Ankify, près à embarquer pour Nosy Be. Le commandant du bateau nous informa que le départ s'effectuerait vers 8h30 ou 9h, que nous devions attendre l’embarquement d’un camion frigorifique devant livrer des marchandises à Nosy Be et que ce camion allait arriver d’une minute à l’autre. On a attendu le camion pendant 8 heures.
Après 8 heures d'attente, on nous fait bouger les motos de la cale pour embarquer des zébus.
En fin de journée, on a dû déplacer les motos de la cale vers la partie réservée aux passagers pour pouvoir embarquer un troupeau de zébus. Nous sommes arrivés à Nosy Be en pleine nuit et sous une violente averse, en pataugeant et dérapant dans la bouse de zébu pour sortir du bateau. Rien ne nous aura été épargné, et ce jusqu'à l'ultime minute !
Du coup, on prend un peu de place dans le bateau, avec les motos au milieu des passagers !
Quelle aventure ! Dès notre installation à Nosy Be, j’ai mis la moto en vente sur des pages facebook dédiées aux petites annonces locales, et j’ai vite trouvé un acheteur, lui demandant un acompte et programmant la vente effective la veille de mon vol retour. Une excellente affaire pour moi comme pour lui.
A Nosy Be, j’ai pu visiter tous les grands classiques (Nosy Komba, Nosy Sakatia, Andilana, le Mont Passot, Lokobe, etc etc). Nosy Be étant le coin le plus touristique de Madagascar, internet regorge d’informations sur toutes ces excursions, aussi je ne m’étendrai pas dessus.
L’excursion la plus impressionnante a été pour moi la journée passée à Nosy Iranja. J'en ai vu, des belles plages, dans ma vie, mais jamais une aussi belle que Nosy Iranja ! Elle est dans tous les classements des plus belles plages du monde, mais les autres plages de ces classements sont souvent situées dans des destinations très onéreuses (Tahiti, Bora-Bora).
La perle Nosy Iranja.
Pour l’équivalent de 30 euros, on m’a amené en bateau dans ce paradis sur terre et on m’a cuisiné du poisson et des langoustes. J’ai eu de la chance que ce jour-là, la météo était exceptionnelle et les touristes peu nombreux. Il paraît que passer une nuit sur Nosy Iranja est une expérience qui vaut vraiment le coup (on peut assister à l'éclosion des tortues au petit matin), mais j’étais sur la fin du séjour et il ne me restait plus beaucoup de budget, en attendant de vendre la bécane.
Je n'ai jamais vu des eaux aussi pures qu'à Nosy Iranja.
J'ai eu la fève...
Des enfants courent sur la plage à Nosy Be.
C’est ainsi que s’achève la première partie de mon récit. Dans un second chapitre, je vais vous raconter comment je suis revenu 15 mois plus tard, cette fois-ci totalement seul, pour enfin accomplir le road-trip initialement prévu et réaliser le projet street-photo “Gasy Stories” !
Après toutes ces aventures, j'ai bien le droit de faire des trucs de TOURISTE.
Test de mise en page avec un retour à la ligne simple à la fin de cette phrase test test test:
voilà le retour à la ligne. Maintenant test d'un saut de ligne après ces quelques mots écrits en gras:
- "retranscription d'un dialogue!
- testons donc tout ça !"
“ - Si vous me dites que le kilométrage est illimité, alors pourquoi voulez-vous me la louer 20 euros par jour au lieu de 10 sous prétexte que je vais m’éloigner de Nosy Be ? Cela veut-il dire qu’en cas de panne vous venez me dépanner ? Pourquoi un tel surcoût ?
- Non, personne ne viendra vous dépanner, c’est 20 euros par jour à cause de l’usure accrue sur ce type de route.
Mais on ne va prendre que des routes nationales, qu’est ce que vous me racontez ? Bon, tant pis, je juge ce prix abusif, on ne fera pas affaire, désolé”
Voyons ce que ça donne... Blabla blabla blabla bla bla blalllerezfezfezfergezfezfezfezfg
